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Livre Emoi
Je suis venu, j'ai lu, j'ai été ému
Car ses yeux sont noirs comme les ténèbres elles-même 
10e-aoû-2010 02:24 pm
Fufu
Titre : Le Dit de la Terre Plate
Auteur : Tanith Lee
Maison d'édition : Mnémos
Où le trouver : Dans votre librairie Fnac, votre amie.
Résumé : En ces temps-là la Terre n’était pas une sphère, et d’innombrables démons vivaient dans de vastes royaumes souterrains, s’amusant parfois à remonter à la surface pour tourmenter les humains, leur accorder mille merveilles pour mieux les faire sombrer dans d’innommables horreurs.
Le plus grand d’entre eux, le plus cruel aussi, était Ajrarn, le Seigneur des Ténèbres, le Maître des cauchemars et des créatures de la nuit. Nombre de mortels avaient vu leur destinée brisée pour simplement assouvir ses caprices, et pourtant il cachait dans son cœur démoniaque un profond mystère qui allait changer à jamais la nature même de la réalité…
Bienvenue dans un antique monde de ténèbres et de beauté, de palaces scintillants et d’êtres extraordinaires, de passions cruelles et d’amours éternels. Bienvenue dans le monde merveilleux de la Terre Plate.




Alors mes enfants... Que dire qui n'a pas été dit sur ce petit bijou...

Bon, un petit peu d'histoire, pour commencer... Le Dit de la Terre Plate est une série de 5 romans ( le Maître des Ténèbres, le Maître de la Mort, le Maître des Illusions, la Maîtresse des Délires et les Sortilèges de la Nuit ) écrits entre 1978 et 1987 par Tanith Lee. Ils avaient été publiés en Français chez Pocket mais étaient épuisés depuis une dizaine d'années. Heureusement pour nous, Mnémos a décidé de les rééditer en deux intégrales fort conséquentes... Plus de 1000 pages de bonheur, en somme.

Oui mais de quoi ça parle ? Si on veut schématiser, on dirait que ça raconte l'histoire d'Ajrarn, le Prince des Démons. Mais ce serait très schématique. En réalité, il s'agit d'un recueil de monde ayant pour cadre la Terre Plate, un monde à la fois très proche du notre et très différent, situé entre la Terre Supérieure peuplée par des Dieux indifférents, et la Terre Inférieure peuplés par des démons aussi cruels que beaux, ou aussi vils que laids pour les plus bas d'entre eux. Ajrarn, leur Prince, tient une place plus ou moins importante dans tous ces contes. Il arrive qu'il soit le personnage central, comme dans le premier conte, l'histoire de Sivesh qui aimait trop le Soleil, ou qu'il ne soit qu'un simple personnage d'arrière plan, une figure menaçante mais diffuse, car qui ne craint pas le Prince des Ténèbres... ?

Les Ténèbres, parlons en des Ténèbres, car elles sont une part importante de ce qui fait la magie du recueil. La Terre Plate est un monde où l'on sait que les Ténèbres sont magiques, et à redouter, car dans les Ténèbres rôdent les démons, sortis de la Cité de Druhim Vanashta en Terre Inférieure pour tourmenter les hommes. De nuit toujours, car ils craignent le Soleil et que le Soleil les tue. Le Dit de la Terre Plate étant en grande partie porté par ces créatures démoniaques, la nuit devient magique, même pour le lecteur. C'est difficile à expliquer, impossible à résumé, mais parfaitement transcrit par l'auteur.

Par ailleurs, des Contes. Oui, c'est du déjà vu, enfin. Sauf que ces contes là, ceux de la Terre Plate, sont des contes sans morale, puisque la plupart du temps, c'est le démon ( Ajrarn ou un autre ) qui en sort vainqueur. Des fois, bien sûr, il est mis en échec. Rarement, et jamais de manière juste. On aime dans la Terre Plate, mais il y a toujours des obstacles, et rarement une fin heureuse. Les Happily ever after ne sont pas vraiment d'actualité. Tout n'est que faux semblant et tromperie. Ce serait un peu comme les histoires de dieu grecs, en fait, sauf que de ces contes là, il ne ressort pas du bien, pas plus que le fait de faire le mal n'ait réellement de but. ça imprègne l'ensemble du recueil d'une atmosphère douce amère, où les erreurs du passé sont toujours répétées, différemment ou pas. En somme, c'est une histoire très humaine, bien que parlant de démons, et d'êtres surnaturels. Et on en revient toujours à une certaine quête d'humanité chez chacun des Princes des Ténèbres ( le Mal, la Mort, la Folie et le Destin ), chacun à sa façon bien différente des autres.

Ces contes construisent également un univers. J'ai lu quelque part sur le net, sur une critique, que la personne qui a fait ladit critique trouvait que comme Tolkien, Tanith Lee avait su créer un univers, qui comme la Terre du Milieu, est ouvert au développement. C'est effectivement le cas. A travers de simple contes, elle nous brosse touche par touche, avec une finesse remarquable, le tableau d'un univers complet et complexe.

Une autre chose qui m'a vraiment plu dans ce livre, c'est son atmosphère très adulte, avec une sensualité latente et permanente, qui ne tombe jamais dans la vulgarité ( oui, je vous le confirme, il y a des scènes de sexe, mais toujours métaphoriques, même si on comprend très bien ce qui se passe ). Mais de toutes façons, sans même qu'il y ait besoin d'expliciter, Tanith Lee arrive très bien à ressentir les attirances - réciproque ou non - qui lient toujours d'une manière ou d'une autre les héros de ses contes fantastiques. Âme sensibles, soyez toutefois prévenues, on parle de démons ici, ou de mortels qui ne connaissent que peu de tabous, donc les homosexuels - des deux sexes - sont loin d'être rares.

Et parlons d'Ajrarn, puisque c'est l'un des arguments forts du livre, le personnage central autour de qui tout se tisse. Déjà, oui, je vous le confirme, c'est un beau ( tellement beau qu'on l'appelle Ajrarn le Magnifique et que de toutes façons ça ne lui rend pas justice etc... ) et en plus il est joyeusement bisexuel. Eh, c'est un démon hein. Mais c'est aussi la personnification du Mal, et oui, il est mauvais, purement et simplement. Mais d'une méchanceté qu'on pourrait qualifier de "pure" puisque faire le Mal est dans sa nature, et que c'est ce qu'on attend de lui au fond. Mais il est aussi étrangement humain, même dans sa cruauté. Pas comme un Humain serait cruel, non. Je dirais plutôt qu'il est d'une Humanité calculée, quoiqu'il ne puisse pas s'en empêcher, et ça le rend vraiment différent de l'incarnation classique du mal absolu. Sans déflorer l'intrigue, une chose est sûre : Ajrarn aime l'Humanité bien plus que les Dieux ne l'aiment, à sa manière tordue et pervertie.

Et pour finir, ce qui démarque ce livre de tous les autres que j'ai pu lire sur le même genre de thème ( on appelle ça de la Dark Fantasy il parait ) c'est son atmosphère intrinsèquement poétique, et magique. Mais pas féérique, parce qu'il ne faut pas oublier que dans la Terre Plate, si Magie il y a, c'est celle des Hommes ou des Démons. La traduction semble rendre toute justice à l'auteur - on félicitera donc le traducteur - et le style, très fleuri, très imagé, très riche en descriptions, loin d'être lourd ( et pourtant je n'aime pas les descriptions habituellement ) ne fait que souligner l'atmosphère que j'ai déjà évoquée.

Voili voilou. Que dire d'autre à part que ma critique ne rend pas justice au petit bijou qu'est ce livre ( mais je suis nulle pour les critiques ) et que : précipitez vous pour l'acheter et le lire. Non, je crois que c'est tout ^^.


Comments 
19e-aoû-2010 04:31 pm (UTC)
Je te l'emprunterai s'il est disponible au prêt !
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