?

Log in

Livre Emoi
Je suis venu, j'ai lu, j'ai été ému
"Long John Silver" de Björn Larsson 
20e-oct-2011 10:06 pm
mousquetaire
Bonsoir camarades lecteurs !
Cette communauté ayant l’air un poil abandonnée, je viens apporter du sang neuf et une première critique.
 
Titre : Long John Silver
Auteur : Björn Larsson
Maison d'édition : Livre de Poche
Où le trouver : N’importe où.
Résumé« En 1742, à Madagascar, un vieux pirate à la retraite, entouré d’une garde d’anciens esclaves noirs qu’il a libérés, entreprend d’écrire ses mémoires. Ce pirate n’est autre que John Silver, l’homme à la jambe de bois, que le jeune héros de L’Ile au trésor dépeignait comme hâbleur et vaguement inquiétant. Un portrait qui n’a guère plu à l’intéressé… Et John Silver de rétablir sinon la vérité, du moins sa vérité. Il évoque alors sa vie, une vie d’aventures, de bagarres, de rapines, de galanterie, de beuveries… enfin, tous les ingrédients d’une vie de pirate. Mais aussi le destin d'un homme en révolte contre les injustices de l’ordre établi, qu’il s’agisse d’enrôlement forcé ou de traite des Noirs. »


 
Donc… J’ai l’honneur, m’sieurs dames, de vous présenter « Long John Silver » de Björn Larsson !
 

Pour les non-initiés

Pour ceux qui ne seraient pas des aficionados des romans de piraterie, Long John Silver est à l’origine un personnage de « l’Île au Trésor » de Stevenson, LE roman de pirates par excellence. Le récit se déroule au XVIIIe siècle et raconte l’histoire de Jim Hawkins, un jeune garçon ayant mis accidentellement la main sur la carte menant à un fabuleux trésor amassé par un pirate, le terrible mais défunt capitaine Flint. Le gamin part donc à l’aventure à travers les mers, accompagné par quelques amis, pour mettre la main sur le magot. Manque de bol, cette joyeuse bande de niais va engager pour cela un certain John Silver et son groupe de copains qui s’avèrent être respectivement le quartier-maitre et l’ancien équipage de Flint, eux aussi très désireux de s’en mettre plein les poches et bien décidés à zigouiller leurs nouveaux employeurs le moment venu.

Après bien des péripéties (que je vous épargnerai, histoire de ne pas trop m’écarter du sujet de ce post) les gentils aventuriers arrivent à récupérer le trésor et les vilains pirates sont défaits et livrés à la justice. A l’exception fort notable du fameux John Silver, l’investigateur de tout ce bordel, qui non seulement réussit à se faire malle, mais emporte également avec lui une joli part du trésor de Flint.

La moindre des choses est de dire que le lecteur n’en est pas chagriné, car Stevenson a très bien compris quelque chose : « Plus réussi sera le méchant, plus réussi l’histoire » (comme l’a si bien dit l’ami Hitchcock ). Et Silver est incontestablement un méchant très réussi. Une fois refermé le roman, on oublie rapidement les gentils palots, mais le féroce pirate inventé par Stevenson trainera longtemps sa jambe de bois dans nos mémoires. Intelligent, hâbleur, violent et opportuniste, Long John Silver est devenu l’archétype du pirate romanesque. De fait, il a tellement marqué l’imaginaire collectif qu’un écrivain suédois l’a repris à son compte et a raconté ses mémoires…
 

Revenons à nos moutons et au roman de Larsson…

« De Silver, nous n’avons plus jamais entendu parler. Ce formidable marin à une jambe a enfin disparu de ma vie. Je suppose qu’il a retrouvé sa vieille négresse et que peut-être il coule des jours heureux avec elle. C’est à espérer, du moins, car ses chances de bonheur dans l’autre monde sont des plus minces » (Jim Hawkins – Fin de l’Île au Trésor)

Quid de Long John Silver ? Eh bien, il est toujours vivant, John Silver ! Retiré dans une petite île prés de Madagascar, bien à l’abri des autorités et des dizaines de condamnations à mort qui pèsent sur sa tête, il se regarde vieillir et s’ennuie à mourir. Jusqu’au jour où il met accidentellement la main sur un récit signé par le petit Hawkins en personne, intitulé « L’Île au Trésor », et là, il pique une belle crise de rage, le vieux Silver. Non seulement, ce petit crétin d’Hawkins lui a piqué sous le nez le trésor de Flint, mais il ose maintenant l’exposer au grand jour, le ridiculiser et faire savoir au monde entier quelle terrible canaille était Long John Silver. Ni une, ni deux, le vieux pirate décide de rétablir la vérité, du moins sa vérité.

Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas là d’une confession ou d’un plaidoyer. Silver n’éprouve ni remord, ni regret et nullement le besoin d’excuser le moindre de ses actes. Il va raconter sa vie crûment et dans les moindres détails : brigandages, beuveries, rapines, violences eu tous genres… Une vie éprouvante et cruelle, certes, mais incroyablement bien remplie, il faut l’admettre.

 
Le résultat est épatant.

Commençant d’abord par le personnage de Silver qui est LA réussite du bouquin. Larsson parvient à lui donner une épaisseur stupéfiante, sans jamais tomber dans le piège de la réhabilitation. Il met en scène un personnage ambivalent, épris d’indépendance et de liberté, mais de celles qui brisent des vies et des cœurs sur leur passage. Déclaré « ennemi de l’humanité » par ses semblables, il en a allégrement pris son parti et a mené sa vie comme il l’entendait et au diable le reste du monde !

Férocement égocentrique, hâbleur, brillant, plein d’esprit et de morgue, bourré de vices et de qualités, Silver révulse et fascine à la fois. On l’adore et on le craint. On plaint ses victimes et on applaudit allégrement à ses victoires. Pas besoin de le cacher, j’en suis totalement gaga…

Autre point fort : la style. Larsson ne s’est pas contenté de donner un passé et des souvenirs à Silver, il lui aussi donné une voix et quelle voix ! Le ton du bouquin, allègre, féroce, bourré de sarcasme et d’ironie, le rend très plaisant à lire. J’ai même été émue de temps en temps, c’est dire…

Sans compter qu’outre le fait d’être un roman d’aventure épatant, « Long John Silver » est également un roman historique très bien renseigné.  Si le capitaine Flint du roman de Stevenson est tout à fait fictif, Larsson fait naviguer Silver sous les ordres de pirates ayant réellement existé, tels qu’England et Taylor, et lui fait affronté tous les maux maritimes de son époque : traite des noirs, guerres, scandales commerciaux, naufrages et batailles célèbres… La vision qu’il donne de la piraterie est particulièrement frappante et montre bien la misère de ces hommes assoiffés d’indépendance et dépourvus de scrupules, condamnés à mourir sur la potence pour ne pas avoir été capables de s’adapter à leur époque.

 
Pour conclure et parce que cette étalage de gagatisme a déjà largement entamé ma soirée : « Long John Silver » c’est un roman du tonnerre, pas seulement réservé aux fanatiques de piraterie, mais à tous ceux qui veulent se payer une bonne tranche d’aventure et respirer une grosse bouffée d’air marin.
Et à tous ceux qui aiment les méchant charismatiques, bien entendu ^ ^
 
« Ils étaient quinze sur le coffre du mort.
Yo-ho-ho ! Et une bouteille de rhum ! »

 
 
 
 

Comments 
21e-oct-2011 04:30 am (UTC)
Voilà en tous cas qui donne férocement envie, même si je ne suis pas dans une période très pirate...
22e-oct-2011 10:06 am (UTC)
Diable, aurais-je abusé d'un certain adjectif... ? ^ ^ (d'un autre côté, c'est vrai qu'ils sont féroces, les pirates. C'est même un trait de caractère nécessaire à la profession, si on veut avoir la chance de l'exercer quelque temps.)

Sinon, comme dit dans la critique, "Long John Silver" est un bon roman en soit que l'on soit fan d'histoires de pirates ou non, donc faut pas hésiter à se laisser tenter.
22e-oct-2011 04:02 pm (UTC)
Décidément, tu es douée pour refourguer des bouquins, infâme tentatrice... Tu me le prêteras ?
This page was loaded mai 27e 2017, 1:38 pm GMT.